Pop Hits, le Hit-parade chanté
Le Jean Roucas du
wakenwo hexagonal a décroché le Vermot d'or il y a bientôt deux lustres en jouant faussement au fantaisiste de garnisons.
Fantaisie militaire donc, dont la presse a unanimé ses dithyrambes à l'agonie jusqu'à faire taire les rares gens de
goût qu'on ne saurait tromper avec ce ramassis gélatineux d'ambiances mortifères emballant un baratinnage qu'icelui croit poétique alors qu'il est seulement le dégueulis d'un générateur
automatique de traductions serbo-coréennes. Car enfin : on nous tartine du génie sensible où il n'y a qu'approximations du message, de la prose extatique là où les paroliers ont joué à qui
mieux-mieux à un Pictionary verbal dont furent nuitamment glanées les fulgurances de réponses d'une vraisemblable troupe d'agrégés vaguement avinée au gigondas. Si ce n'est ça, c'est tout
comme. Parce que franchement, quoi de jouissif de soigner les hommes à poigne, de soulager des patissières, èrent, èrent ? non mais je vous jure : plus pédant tu meurs. Certains morceaux sont de virtuoses et scolaires pérégrinations en de ribambellesques allitérations et autres exercices phonétiques de deuxième année de Lettres classiques. "Dresseur de loulous, dynamiteur d'aqueducs". M'ouais... "Beuh-a Bah Beuh-i Bih Beuh-o Boh" ânonne aussi fièrement le neveu de ma concierge découvrant la gaieté de la langue française dans son palais rebondissant.
Pas une de la douzaine de chansons ne nous épargne de ces gavants calembours, téléphonés parfois, inattendus pour la plupart, ce qui ne les rend pas pour autant impérissables. "Ses congénères l'ont refroidie, ses congénères crient au génie" Les Villepin qui se croient Ponge ou Rimabud s'ébaubissent sur ce "crient au génie" qu'on apparentera vaguement pour faire un bon mot à "cryogénient" (pour cryogénisent), le jeu de mot étant tellement laborieux que seule une faute de français lui donne un peu de sens. Je sais, dit comme ça, c'est réducteur mais tout est à l'encan, et c'en est parfois un peu trop, n'est pas Bobby Lapointe qui veut. Allez, juste un autre pour la route : "La nuit je mens, je m'en lave les mains." De profundis...
Absence de sens caractérisée, mais quand même pas
absence d'histoires. Enfin pas toujours. Saluons quelques efforts de créer une narration cohérente sur davantage qu'une phrase. Une belle se réveillera-t-elle avant 2043 ? Une feignasse patentée
saura-t-elle se bouger le derche pour nourrir avec autres denrées que des haricots en boîte + chips sa femme (la future princesse endormie ? on ne le sait, tellement les arcanes obscures de
Bashung mènent à toutes interprétations).
Quelques autres strophes deci-delà cet album ampoulé
donnent à suivre dans la médiocrité l'esprit de l'alsacien binaire qui va jusque douter de sa propre mâle sexualité : sont-il (oui, sont-il parce qu'Alain se
noussoie en des "sommes-nous" interrogatifs lancés à la cantonade pour quérir réponse à ses désespérances
quinquagénaires) sont-il donc une gonzesse ? Je le confirme : c'est non. Il ne faudrait pas faire accroire que la seule raison de ses difficultés identitaires serait un sursaut progestegénique.
Typique des machos du rock ça. Pathétique.
Autre étonnement que nous ne saurions cacher devant le concert de louanges autour de cet album quand même bien calculé : l'avalanche de mélopées synthétiques et de violonnades torrentielles qui écrasent le rock à la base souvent bien torché par Bashung. On ne saurait blâmer l'alors chanteur bientôt finissant d'avoir su lire l'extraordinaire potentiel financier (et partant une occasion de relancer sa petite entreprise) de ce type de productions calibrées pour les dépressives foules post-adolescentes au pouvoir d'achat hypertrophié dès lors qu'il s'agit de leur fournir leur dose d'anti-prozac que sont ces musiques à l'émotion exacerbée en vue de générer un malaise permanent, soupes oppressantes entraînant dans un colimaçon irrésistible vers les outretombes où la jeunesse bobo se la joue Chateaubriant et Crowley réunis, oubliant ainsi la frivolité de leur camifienne vie de cadres moyens.
Pourquoi lui jeter la pierre ? Il a des impôts à payer, et Radiohead avait bien réussi son coup peu de temps avant avec son filou OK Computer, désormais maître étalon de la déficience de dopamine et du suicide musicalement assisté, sur base de mélodies subtilement construites pour emprisonner l'auditeur dans une camisole de mélancolie, et lui priver tout sens du jugement qui lui permettrait de constater la banalité de ces chansonnettes, finalement.
Avec graves renforts du bassiste de Portishead ou du chichiteux gratteux nouillorquais Marc Ribot, spécialiste des accompagnements des stars les plus péteuses de la planète, Fantaisie militaire offre ainsi la version béret-baguette de l'album international de musique sérieuse et poétique (ffff et multi-têtes de gondoles Fnuck comme de bien entendu). Ce que nous autres dans notre jargon de p'tits gars normaux appelons "de la musique chiante" (oui, je sais, c'est un peu technique. Les fans de Bashung se reporteront à leur dictionnaire favori).
Paroles débiles, musique déprimante : c'est à se demander comment tant de journalistes ont réussi à vendre et faire avaler à des centaines de milliers une telle diarrhée aux sonorités pénitencières.
Mais ça, évidemment, personne n'ose le dire.
La note : Bof...
La raison de cette chronique moins Pop Hits que Top of the flops ? Z'avez qu'à suivre le lien.
L'épilogue ? Espérons que non ! Je souhaite qu'il sache avec autant de savantes contorsions que la suivante photo terrasser la saleté de crabe qui lui grignote le dedans d'où est sorti le plus grand album de tous les temps : Fantaisie militaire
Sam 21 jun 2008
16 commentaires
Hé ben, au concours de mauvaise foi, tu places la barre super haut ^^
"Jean Roucas du wakenwo hexagonal", comment j'y crois pas
"Jean Roucas du wakenwo hexagonal", comment j'y crois pas
Ama-L - le 21/06/2008 à 12h03
>Thom : "un de mes albums préférés de tous les temps" Oh, tu sais Thom, tes goûts d'agrègé, ce qu'on pense... ^^
>Ama-L : t'es pas surtout dégoûtée que j'aie sciemment oublié (en fait je l'avais fait au début mais ça cassait mon accroche) de te citer comme créatrice mondiale (oui, j'ai dit mondiale !) du concept de wakenwo® :o)
tym
>Ama-L : t'es pas surtout dégoûtée que j'aie sciemment oublié (en fait je l'avais fait au début mais ça cassait mon accroche) de te citer comme créatrice mondiale (oui, j'ai dit mondiale !) du concept de wakenwo® :o)
tym
Mario Cavallero Jr, artiste multimédia - le 21/06/2008 à 12h17
Je ne sais pas pourquoi, mais je me doutais bien que tu excellerais à ce genre d'exercice de mauvaise foi débridée... :-)
Ska - le 21/06/2008 à 13h51
nan nan, aucune mauvaise foi, c'est bien u de ses albums préférés, mais au fond de lui il a toujours su que c'était de la merde et il assume enfin ses contradictions.
heu.... fallait quand même s'attaquer au digne concurrent de OK computer, comme tu le dis, pour oser un truc de ce genre. j'adore ^^
heu.... fallait quand même s'attaquer au digne concurrent de OK computer, comme tu le dis, pour oser un truc de ce genre. j'adore ^^
arbobo - le 21/06/2008 à 14h35
oui mais....
non parce que....
faut pas pousser sinon...
....
inutile, tant de talent dans la mauvaise foi est inégalable :-)
non parce que....
faut pas pousser sinon...
....
inutile, tant de talent dans la mauvaise foi est inégalable :-)
rififi - le 22/06/2008 à 00h16
Je suis d'autant moins dégoûtée que je ne suis PAS la créatrice mondiale du concept de wakenwo®, que j'ai piqué à Eric La Blanche, du groupe La Blanche (http://www.myspace.com/lablanche), auteur du jouissif "La Mort à Johnny".
Quand même, je tiens à respecter le droit d'auteur un minimum.
Quand même, je tiens à respecter le droit d'auteur un minimum.
Ama-L - le 22/06/2008 à 12h12
Ah ah ah ah ah ah...
Eh ben... hier je découvre l'excelllent article de Klak sur Closer, qui frappe un très grand coup, et là, comme Thom, je suis plié de rire. Ce sera difficile de frapper plus fort que Klak (qui porte bien son pseudo...) et impossible d'être plus drôle que toi (en plus, mazette, quel style !)...
Et tout ça est tellement vrai... "la nuit je mens, je m'en lave les mains", c'est en effet très mauvais... faudra penser à faire sa fête à Gainsbourg, qui en a osé, lui aussi, des jeux de mots pathétiques, jeux de mots que même Ruquier n'oserait pas... Comique troupier, c'est très bien vu.
Ce grand concours d'entartage de disques "cultes" commence sur les chapeaux de roue... mais vous êtes chiants, tous les deux... vous tuez le concours dès le premier jour avec des articles de cette qualité...
Eh ben... hier je découvre l'excelllent article de Klak sur Closer, qui frappe un très grand coup, et là, comme Thom, je suis plié de rire. Ce sera difficile de frapper plus fort que Klak (qui porte bien son pseudo...) et impossible d'être plus drôle que toi (en plus, mazette, quel style !)...
Et tout ça est tellement vrai... "la nuit je mens, je m'en lave les mains", c'est en effet très mauvais... faudra penser à faire sa fête à Gainsbourg, qui en a osé, lui aussi, des jeux de mots pathétiques, jeux de mots que même Ruquier n'oserait pas... Comique troupier, c'est très bien vu.
Ce grand concours d'entartage de disques "cultes" commence sur les chapeaux de roue... mais vous êtes chiants, tous les deux... vous tuez le concours dès le premier jour avec des articles de cette qualité...
G.T. - le 22/06/2008 à 12h55
Elle ne me parait pas du tout de mauvaise foi cette ( excellente ) critique !
Bon après deux billets comme le tien et celui de klak, il ne faut définitivement pas compter sur moi pour le top of the flops...
Bon après deux billets comme le tien et celui de klak, il ne faut définitivement pas compter sur moi pour le top of the flops...
lyle - le 22/06/2008 à 21h38
j'ai pas tout compris, je suis pas allé chercher le dico et j'ai jamais écouté ce disque mais j'ai quand même rigolé sauf pour "le dégueulis d'un générateur automatique de traductions serbo-coréennes" parce que j'aime bien les serbo-coréennes.
sinon cette chronique m'aura appris que si jamais je comprends pas des paroles en français, que j'entends des mots connus mais que la phrase qu'ils composent n'a pas de sens à mes oreilles, c'est pas forcement parce que je suis trop con pour apprécier la poésie, c'est aussi peut être parce que les paroles en question ne veulent rien dire. je suis soulagé.
sinon cette chronique m'aura appris que si jamais je comprends pas des paroles en français, que j'entends des mots connus mais que la phrase qu'ils composent n'a pas de sens à mes oreilles, c'est pas forcement parce que je suis trop con pour apprécier la poésie, c'est aussi peut être parce que les paroles en question ne veulent rien dire. je suis soulagé.
klak - le 24/06/2008 à 18h15
Ca commence fort fort fort ! :-D