Vendredi 8 décembre 2006
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J'ai encore rêvé d'elleJ'ai encore rêvé d'elle
C'est bête, elle n'a rien fait pour ça.
Elle n'est pas vraiment belle,
C'est mieux, elle est faite pour moi.
Toute en douceur,
Juste pour mon coeur.
Je l'ai rêvée si fort
Que les draps s'en souviennent.
Je dormais dans son corps,
Bercé par ses "Je t'aime".
Si je pouvais me réveiller à ses côtés
Si je savais où la trouver
Donnez-moi l'espoir
Prêtez-moi un soir
Une nuit, juste, pour elle et moi
Et demain matin, elle s'en ira
J'ai encore rêvé d'elleJe rêve aussi
Je n'ai rien fait pour ça
J'ai mal dormi
Elle n'est pas vraiment belle
J'ai un peu froid
Elle est faite pour moi
Réveille-toi.
Toute en douceur
Juste pour mon coeur
Si je pouvais me réveiller à ses côtés
Ouvre tes yeux, tu ne dors pas
Si je savais où la trouver
Regarde-moi
Donnez-moi l'espoir
Je suis à toiPrêtez-moi un soir
Je t'aime
Une nuit, juste pour elle et moi
Et demain
Enfin je vais me réveiller
Je t'attendais, regarde-moi
À ses côtés, c'est sûr je vais la retrouver
Ouvre tes bras
Donnez-moi un soir
Je suis à toi
Laissez-moi y croire
Une vie juste pour toi et moi
Et demain matin, tu seras là.
Haa, Joëlle... Si Sheila était la fille des Français, Joëlle Mogensen, suave
beugleuse du groupe proto-pompidolien Il était une fois, en était la fiancée. Lead singer charmeuse d'un des rares groupes pop à l'anglaise de la France des 70's, Joëlle ensorcelait les imaginaires de toutes les générations et de tous les sexes, ce qui n'est pas peu dire si on a l'esprit un tantinet agile.
Icône populaire, blonde filasse mignonne et imparfaite où il faut comme il faut pour être suffisamment accessible pour les jeunes femmes qui s'y croyaient et les hommes itou mais plus quand même, Joëlle aurait pu poser pour les pochettes de Pop Hits, le hit parade chanté, et certaines de ses tenues d'époque 100% bennyhilliennes sieyaient autant que ses poses à l'esprit de la grande collection. Pull au ras du moteur, bottes glitter, corsage bouffant translucide lavé avec Coral qui garde tous les textiles modernes plus frais plus propres, short tellement moulant qu'elle pouvait
le garder chez le gynéco sans qu'il n'en rate une miette au cas où la Jojo aurait fait des choses croquignolettes avec son parisien-cornichon, j'arrête là sinon ça va syncoper dans le public. La panoplie complète quoi. Michel Laguens a du être jaloux de ne pas l'avoir fait poser. On retrouve d'ailleurs chez un des mannequins fétiches du grand illustrateur de galettes cheese-cake une troublante ressemblance, sosie dont le nom nous échappe et ce n'est pas faute d'avoir fouiller tous les bacs poussiereux des Trocs de l'île et cartons de disques à 1 € de France et de Bavière et racheter les stocks de compilations à la tonne dans un but historiographique dont personne ne doute mais alors là personne dans le but unique de voir apparaître enfin acollé au crédit du photographe le nom de la blonde, au cas où.
Mais trève de glose sur la plastique mogensennique et de ses clones, c'est une autre histoire, nous y reviendrons incessamment. D'ici-là, il serait temps de s'attaquer au plat de resistance, à la musique et aux paroles de J'ai encore rêvé d'elle, parce que tout le monde attend impatiemment qu'on rende hommage à ce monument que Mario Cavallero a lui-même honoré dans son tome XXI (ça jette quand même plus qu'opus 21) de Pop Hits, le hit parade chanté par Mister Mario Cavallero himself, enfin pas que parce qu'il se trimballe toujours son orchestre et ses chanteurs, dont Lili Montès avec qui Mario l'a poussée. La chansonnette. Vous suivez ? Bon d'accord, on y va :
Ayayay la vie de ma mère ces paroles ! Torrides et pourtant cérébrales, le lacanisme en bandoulière et la lessive dans le sac à dos, elles portent la sexualité au paroxysme de la normalité, du banalissime, du quotidien puissance 7, comme une plongée dans l'hyperréalisme de la vie sentimentale au pays des pattes d'eph et des chemises en lycra. Cyniques ou sincères,
elles accrochent et dérangent parce qu'elles sont crédibles dans leur médiocrité et leur possibilité. Notre héros qui conte ses émois à la première personne a "encore rêvé d'elle / C'est bête, elle n'a rien fait pour ça". Bel aveu de la simplicité de l'amour naissant qui se passe d'éclairs tonitruants et de regards pénétrants au travers les foules de halls d'aérogares pour se concentrer sur l'imparable, le basique, les fondamentaux aurait dit Charles Bietry : l'étrange et pénétrant, quasi proustien, l'onirique moite et incontrôlable, le transgressif des barrières raisonnables par-delà le sommeil paradoxal et ses déroutements de la conscience maîtrisée vers les chemins tortueux de l'activité corticale délivrée des schèmes sociaux et enfin pilotée par une paire venue du fond des braies : bref, le fantasme refoulé. Les coucougnettes ont pris le pouvoir, et on n'aurait pu croire qu'elle fut si désirable, presque comme si elle faisait même tout le contraire pour qu'il ne songe jamais à elle. Mais paf ! c'est rapé. En plus, la nature ne l'a pas gâtée, "Elle n'est pas vraiment
belle" quoique ça arrange le mec puisque "C'est mieux, elle est faite pour [lui]". On semble nager en plein romantisme, elle est "Toute en douceur / Juste pour [son] coeur" mais on baigne dans le rousseauisme le plus pur, que même Lévi-Strauss il n'en a pas trouvé des comme ça chez ses Papous et autres Zoulous alors que c'était là, sous notre nez, Brel le savait bien lui. C'est puissant comme la force des sociétés paysannes où femelles et mâles s'acceptaient comme ils étaient, simplement, sans chichis. On se mariait puis on s'aimait. C'était simple, c'était comme ça. Et vas-y que je te repeuple la France.Mais le giscardisme faisait à peine oublier le pompidolisme que la modernité de cette société des R 16 et des chaînes hi-fi bouleversait le mol ordonnancement du pré-coïtus. Sont-ce les trépidations du premier choc pétrolier ou bien l'effondrement des Lip, les dos nus de Mireille Darc ou les crânes d'oeuf de notre duo de l'exécutif, toujours est-il que Serge Koolen, fugace musicien d'accompagnement de Polnareff avant de se faire lourder par le blondinet lunetté entré en dépression après une tournée délirante mais musicalement exécrable en 1970 puis de Dick Rivers après la fermeture de sa boîte à tubes, pathétique parolier et chanteur de J'ai encore rêvé d'elle, compagnon à la ville comme à la scène de Joëlle pendant 9 ans, et qui chaussait du 41 mais un peu large, Serge truc donc pose le semi-quatrain qui bouleversa
une génération de post-pubères en cols pelle-à-tarte : " Je l'ai rêvée si fort / Que les draps s'en souviennent" vite suivi d'un "Je dormais dans son corps". Doux Jésus, Sainte Branlette, que se passe-t-il donc ? Le service en 140x220 offert par tantine Huguette, celui avec les rhododendrons oranges et violets, celui-là même qu'elle lui commanda aux Aubaines pour son emménagement à Limoges où il allait passer sa capacité de droit reclus dans un garni du quartier Saint-Guy-Lux, zouip splash ! en un coup de cuillère à pot, le voici de sa semence maculé par l'influence d'une réminiscence nocturne.La France a peur. Elle se réveille engluée du bassin dans une toile imprimée 73% polyamide, 27% polyester.
RTL crache l'horreur évadée des turpitudes noctambules. Quand le grand Rochefort rêvait de la fille en rouge à travers les translucides cloisons d'un open-space du 17e étage, Il était une fois la médiocrité faisait éjaculer en mi, sol et ré. Pourtant, nulle censure mais l'encensoir pour la bluette beuglée par la belette et ses blaireaux. Des ondes jaillirent le canon qui scisaille les tympans à coups de "Siii-je-pou-vaiiis-me-ré-ve-illeeer" exécutés au falsetto mécanique masculin et autres répons "Ou-vre-tes-yeux, -tu-ne-dors-paaaa-ahahaas" exterminés à la chignole électrique féminine. L'air est inexpulsable une fois qu'il s'est frayé un passage au travers les pavillons auriculaires jusqu'au cerveau le plus reptilien qui la fait ensuite virevolter tel un Derviche collant par la force centrifuge aux parois de nos crânes d'homo sapiens sagrince. Ce que cela a pu emballer sur cette ballade un million de fois vendue ! Combien furent humectés d'yeux, de lèvres et tutti frutti ! Les idoles glamour de la France de ce printemps 75 vont gonfler autant les esthètes germanopratins que les statistiques de la natalité de 76. Bien des années après, cet antagonisme amoureux porté en chansonnette déchirante interroge les tréfonds de notre société. Les Frères Taloche ont tenté médiocrement d'expliquer la gestuelle cachée derrière. Aujourd'hui, après les reprises merveilleuses de Peter & Sloane, de la Star Ac' ou de Pierpoljak, des milliers de karaokés et playbacks font compisser la jeunesse française du XXIe siècle, preuve étant du caractère intemporel de la création musicale hexagonale du mitan des 70's, et des textes surtout, nondudjuu, des textes !, n'en déplaise à certains esprits chaffouins et autres modernistes à tout crin.
Du couple si commun mais si bandant, Joëlle donc tira la couverture à elle, quand elle ne la rejeta pas devant quelques lentilles nikoniennes. Quelques années avant sa mort tragique par un oedème pulmonaire dont on se gardera bien d'expliquer la cause par une quelconque over-dose d'héroïne nullement démontrée et sans fondement éthique, Joëlle fit dans une revue de droit médical un cours de violoncelle peu baweuresque mais peut-être plus efficace en fin de compte. Je ne sais pas, je préfère le triangle.Difficile pourtant de ne pas douter des compétences musicales de la Jojo dont il fallut recalibrer la vitesse de défilement de l'enregistrement de sa voix sur J'ai encore rêvé d'elle pour qu'elle nous éreinte l'ouïe le plus justement possible à moins d'un demi-ton pour que ça ne s'entende pas trop. Alors de là à recevoir des leçons de corde par une fille sans string, laissez-moi m'étrangler, non en fait ne me laissez pas.
Décidément, difficile d'éviter toute souillure séminale du linge de maison en contant Il était une fois.
Mais ça, évidemment, personne n'ose le dire.
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Par Mario Cavallero Jr
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Publié dans : Pop Hits, le hit parade chanté
Si ça vous dit d'en causer, ne vous gênez pas - Ouh pinaise ! y a 52 commentaires
Si ça vous dit d'en causer, ne vous gênez pas - Ouh pinaise ! y a 52 commentaires


Love to love you baby
Do it to me again
and again

De toute
façon, là n'est pas l'objet de la chronique de ce jour, consacrée certes à
Qu.. Qu.. Quoi
?!
Alpert & Moss décidèrent de la faire poser en
L'album 










Eh l'ami ce soir c'est la bourrasque
Tu parles d'une poire. Alors, comme mon psy m'a dit de ne pas discuter politique avec ma mère et cul avec mon limonadier (ou le contraire, je ne sais plus), j'expose à la cantonade mes interrogations insondables sur les turpitudes du français moyen qui doit bien trouver quelque avantage à claquer 42 balles de l'époque pour acquérir des
Mais si ce n'était que ça ? Le décorum joue aussi avec les accessoires majeurs de la naïade de pochette d'album de supermarché : le sable, le ciel bleu et l'eau. L'eau qui gicle, l'eau qui coule, l'eau qui écume.
J'aime
Vadim et Bardot au mitan des 50's du attendre 1982 pour que le mythe revienne prendre corps en pochettes et film publicitaire. D'abord le craignossissime et succulent
et ça papote...