Dans les vestiaires avant de rentrer
Pour commencer à nous échauffer
Tous en choeur nous chantons
On est les rois du ballon
Quand on arrive sur le terrain
On les entend frapper dans leurs mains
Avec eux nous chantons
Saint-Etienne sera champion
Allez !
Qui c'est les plus forts
Évidemment c'est les Verts
On a un bon public
Et les meilleurs supporters
On va gagner
Ça c'est juré
Allé-ez
Allez
Qui c'est les plus forts
Évidemment c'est les Verts
Nous on joue au football
Et on n'a pas de frontière
Main dans la main
On va plus loin, plus loin
Allez, Alleeeeeeez les Verts
Les supporters sont venus de loin
Ils sont fidèles, ils nous aiment bien
Ils font sauter les bouchons
Quand Saint-Etienne est champion
La honte planétaire d’une équipe de branlouzes gominées humiliant une nation fière
de son football Panini n’aura même pas été rédimée, atténuée, adoucie, par une compensation primesautière en la traditionnelle guillerette ballade d’encouragement qui reste dans
nos cœurs et dans notre patrimoine chanté. Las, la FFF se fout du monde et aucun hymne officiel ne rachètera cette pathétique saison internationale cuvée 2010.
Là où nos sympathiques hôtes ont su égayer les représentations télévisuelles mondiales par le bourdonnement nauséeux de leurs joyeuses vuvuzelas, les cohortes vagissantes des bistrots et places à grand-écran tricolores désespérait disposer d'aucune chansonnette à beugler pour soutenir la troupe de souteneurs
multimillionnaires qui cavalait vaguement à la quête d’une baballe à enfiler au fond d’un filet. C'était pas les initiatives qui manquaient pourtant.
Dingue ! C’est pas de mon temps qu’on se serait laissé aller à une si piètre impréparation. À l’époque, on
savait convoquer les Dalida, les Monty, la crème de la glotte hexagonale gloussant des refrains
vertigineux d’esprit en hommage appuyé aux moustachus chevelus qui naguères baguenaudaient en culotte polyester sur des gazons clos de murs
teutons. Clos et bien claquemurés vu que longtemps le français footballeur se cogna des schleus dans le cigare au moindre virage, contrecarrant ses rêves d’étoiles et de coupes. Brefle, on se
rabattait sur les matchs le dimanche tantôt, nos héros avaient la coupe de cheveux des Jackson 5 et leurs publics de Guingamp à Gueugnon se moiraient de couleurs qui chattoyent presque ton sur
ton avec la couperose ambiante, mêmes arcs-en-ciel qui maquillaient mémère et l’enfilade de gnons à suivre dans sa margoulette dès la sortie du match de son époux aviné (embierré plus souvent,
d’ailleurs : la boisson nationale n’a jamais su conquérir les gradins faute d’avoir su se diffuser en canettes aisément jetables sur la tronche aux connards d’en face).
Notre témoignage d’époque (le skeud en couv au dessus, là, un vrai de vrai édité chez mfp, vous ne croyez quand même pas que nous avons aussi mauvais goût pour inventer de pareilles pochettes même si on est capable du meilleur) n’est pas de la pire espèce, oh la la, loin de là.
Cette gallette convie en 40 minutes et 11 (oui, onze, remarquez la finesse) titres la fine fleur des équipes de D1 d’alors, nonobstant un oubli coupable du Allez Stade de Reims, rapport que les
Rémois de 77, bien que l’ombre de leurs anciens avaient quand même encore combattu au plus haut niveau de la finale de la Coupe de France perdue l'année précédant l’édition de ce disque
magnifique : 1978.
78 donc. Un 33 tours de 78, résolument moderne
(j’ai comparé avec un 78 tours de 33, y a pas photo : c’est comparativement résolument moderne), gravé de l’œuvre des Crévaindieu, ensemble choral monté pour l’occasion par l’immarcescible Gérard Doulssane. Mais si,
souvenez-vous : ses disques de comptines pour enfants, ses compositions paillardes comme Tout nu ou Effleurer Marguerite, sans oublier Vive le Onze de France,
L’hymne à la coupe du monde, du grand art dans une cohérence toute vaticane ! D’ailleurs, davantage que de Coupe du monde, on causait alors du "Mundial", qu'on articulait "Moune’dial", avec
ce petit air exotico-hispanisant qui nimba 3 coupes du monde d’affilée, de l’Argentine dictatoriale au Mexique et ses intempestifs interludes de mariachi pour faute de rupture de faisceau, en
passant par la Lorraine sévillane et un coup de saton dans les ratiches à Battiston. À ces époques, c’était la chanson qui rassérénait les immanquables échecs, la faute aux poteaux carrés, aux boches brutaux et aux sangliers qu’avaient sûrement mangé un truc trop lourd.
En ces temps vierges de l'hédonisme studio-line et de l'individualisme mercantile, la chanson de supporteur était une
mobilisation pour aller de l'avant derrière les joueurs, tous ensemble tout devient possible, on ne se regarde pas le nombril à soi mais dans celui de la Patrie, allonzenfans et tout le tintouin.
On savait parfois améliorer le brouet musical souvent plus proche du rata de casernes que de la barbapapa par
l'adjonction des voix de la France éternelle, les domestiques, celles qui entrent dans la maison par le fenestron et dans la 504 par le blaukpunkt calé sur RTL, patinées par le cirage sur les
pompes aux dirigeants, voix pour certains encore en formation mais si prometteuses (seul Drucker saura mieux s'éclaircir la voix après léchages de culs en cascades) qu'on les bombarda sur le
champ porte parole officiel :
On s'étonne qu'avec ça l'équipe pilotée par Michel Hidalgo n'a pas dépassé le premier tour argentin. Les contributions
plus érotico-martiales d'une speakerine
rigolarde et d’une immigrée italo-égyptienne
ont donné plus d'allant en 1982, propulsant jusqu'en demi-finale la bande à Platoche, un semi-métèque de ceux dont la France rassie des supporteurs de foot aime parfois à s’enticher pour cacher son racisme ordinaire derrière
quelques bons immigrés polaks (Kopa), ritals (Platini, donc) ou kabyles (le Zizou musqué, qui évita la honte de la pub SFR pour ne pas devenir le plus célèbre kabyle téléphonique). À part ces
quelques cautions pas complètement d'chez nous mais bon c'est pas pareil, y travaillent eux, la haine de l’autre est souvent portée en étendard par les Dupont-Lajoie qui se passionnent pour le foot. Leurs chants de stades et de bars glorifient la rage
destructrice en des Marseillaises au petit pied, faut écraser l’abruti de l’autre côté du stade, lui « faire mordre la poussière »,
« On est chauvins / On n’y peut rien / Au fond c’est humain », sic transit et toute cette sorte de choses.
C'est pitoyable et paradoxalement on se régale des
géniales bien que basiques paroles de Raymond Lefèbvre sur la délicieuse musique de Bachelet pour la pépite cinématographique de Jean-Jacques Annaud Coup de tête, en 79. Ce texte
terrien, terroirien, qui accompagne les pérégrinations d'un Trincamp amateur qui fleure bon la province réelle (et la province légale), ce
livret n’est que si peu caricatural qu’on va s’en prendre une rasade et qu’on cliquera en-dessous pour s’en farcir également les esgourdes et après aussi pour astiquer les mirettes et les
zygomatiques par surcroît :
La victoire au bout du pied
Et la gloire au fond des filets
L'ennemi désemparé
Nous vaincrons, nous serons les premiers
Allez Trincamp, Trincamp, Trincamp, But ! But ! But !
Trincamp, Trincamp, Trincamp, But ! But ! But !
Sur le stade les vainqueurs
Sur la balle les meilleurs
Garde-à-vous petits footballeurs
Le Voilà, le voilà le bonheur
Allez Trincamp, Trincamp, Trincamp, But ! But ! But !
Trincamp, Trincamp, Trincamp, But ! But ! But !
Il faut quand même reconnaître qu’à l’époque, lorsqu’on choisissait des hymnes, ça jactait en français. Pas cette
ringardise mondialisée que fut la réutilisation anachronique de la tuerie de Gloria Gaynor par une multinationale du short pour mieux refourguer son produit invincible black blanc beur. Balancer une musique apatride aux paroles incomprises à ces meutes bêlantes s’accaparant la victoire
de 11 hydrocéphales chahuteurs de vessie de porc, faut pas s’étonner que l’esprit de la chanson de supporteur national se perde et, partant,
que les équipes perdent l’esprit du sport simple, collectif, généreux, patriote et viril.
Ah… si Francis Lalanne ou Diam’s nous avaient gratifié en 2010 d’une antienne francophone et entraînante, pas une
médiocre rigoulardise narquoise, peut-être qu’on ne passerait pas nos vies sur google à traquer qui est le traître et qu’on se
consolerait à siffloter un doudou musical réconfortant. L’énergie communicative d’une bonne chanson, y a que ça de vrai sur le groupe (pas le groupe Crévaindieu
qui gratte et qui tape ses instruments, non, celui qui tape la baballe, « le groupe », comme on dit dans notre jargon de coachs quand on cherche à valoriser l'abandon de tout amour
propre dans un troupeau de collègues de bureau). Avec une belle chanson, nos gars auraient peut-être soudé leurs égos en un collectif.
Remarque, ça n’apporte pas l’intelligence, le collectif. Avec en tout 23 neurones, collectif ou pas, on va pas beaucoup plus loin qu’une poule (quoique, au moins, c’est grégaire,
la poule, et ça joue souvent collectif, la poule, quand elle est avec d’autres poules (pasque quand elle est toute seule, elle est plutôt du genre à se la péter
genre « La vie de ma mère va t’faire enculer sale fils de pute que j’irai pas dans ton plat
au four, sale fils de pute », vous voyez le genre de poule (ça donne envie de la taper, la poule))).
Bon, on ne va pas y passer Noël ni le 14 Juillet (ni même le 22 juin) et nous allons derechef déguster une bonne tranche
de verdure, vu que c’est dans les vieux chaudrons qu’on fait quand même les meilleures tambouilles.
Et pis en ces temps de bachot, l’épreuve de français, qui devrait s’enorgueillir l’an prochain dans la liste des nominés
à l’étude grammatico-stylistique de l’entrée du vieillard maniaque (de Gaulle sans son registre « J’ai les mémoires qui flanchent » aux envolées villepineuses des grands heures), le bac
français, donc, nous rendrait service à se pencher un jour sur les subtilités palimpsestes de ces quelques vers (évidemment les plus forts) qu'on ressert pour les analyser pied à pied (les vers)
:
« Qui c’est les plus
forts
Évidemment c’est les Verts
On a un bon public
Et les meilleurs supporters
On va gagner
Ca c’est juré
Allé-ez
Allez ! »
C'te style ! C'te syntaxe !!! Ça enfonce quand même largeosse pépère Victor. Et en plus, il y a de la musique aux pieds
de ces vers, trop d’la balle.
Mais ça, évidemment, personne n’ose le dire.
et ça papote...